Vous êtes du quartier ?  -   Jean-Baptiste Mechernane Info

 

On pourrait s’interroger des heures sur les raisons pour lesquelles tu as accepté. C’est vrai. Pourquoi ? À cause de ce crépuscule de juin ? De ces teintes violettes, bleu lagon, rouge sanguine. C’est sûr que ça en jetait. Même un illustrateur d’Heroic fantasy n’aurait pas osé. Sans parler que la chaleur infecte de cette journée interminable avait desserré son étau. Alors on respirait un peu. Aux terrasses, les jupes étaient légères, les cuisses moins serrées, les sourires et les cravates dénoués. Un léger vent venait récompenser les héros des déplacements pendulaires, ceux qu’une bouche de métro inusable crachait sur les rives urbaines. Cette dolce vita à la parisienne, il ne fallait pas la louper. Il fallait en être. C’est certainement pour ça, toi qui étais là, le regard ouvert, le cœur moins lourd, que tu as accepté. Hein ? C’est pour ça ?

A moins que ce ne soit cette étrange mélancolie sans visage, qui est venue te frapper par derrière, un jour – lequel ? – pour ne plus te lâcher. Elle t’a saisie, ferrée, après t’avoir reniflée, observée, suivie, tapie dans les recoins de tes fêlures. Ça a commencé comment déjà ? C’est loin et flou… Une première ride ? Le temps qui marque ton visage en passant ? Une insatisfaction que tu pensais passagère, mais qui croît et occupe de plus en plus d’espace ? Ta vie qui subitement ne te suffit plus ? Bref, il n’en fallait pas plus pour que tu fasses un peu la tête. Voilà. Ça commence comme ça en fait.

Tu fais un peu la tête, tu prends un peu de distance. Pas méchant. Tu testes l’autre. Tu vois s’il est là, présent, à l’écoute. Au début, bien qu’il s’inquiéte déjà, ton mari ne fait qu’observer. Il n’en dit pas trop. Il se montre patient. Il demande bêtement si ça va. Tu lui souris encore à ce moment. « Ce n’est rien », « ça va passer », « un petit coup de fatigue ». Tu trouves des alibis. Et puis un jour, la première ligne jaune est franchie.

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On pourrait s’interroger des heures sur les raisons pour lesquelles tu as accepté. C’est vrai. Pourquoi ? À cause de ce crépuscule de juin ? De ces teintes violettes, bleu lagon, rouge sanguine. C’est sûr que ça en jetait. Même un illustrateur d’Heroic fantasy n’aurait pas osé. Sans parler que la chaleur infecte de cette journée interminable avait desserré son étau. Alors on respirait un peu. Aux terrasses, les jupes étaient légères, les cuisses moins serrées, les sourires et les cravates dénoués. Un léger vent venait récompenser les héros des déplacements pendulaires, ceux qu’une bouche de métro inusable crachait sur les rives urbaines. Cette dolce vita à la parisienne, il ne fallait pas la louper. Il fallait en être. C’est certainement pour ça, toi qui étais là, le regard ouvert, le cœur moins lourd, que tu as accepté. Hein ? C’est pour ça ?

A moins que ce ne soit cette étrange mélancolie sans visage, qui est venue te frapper par derrière, un jour – lequel ? – pour ne plus te lâcher. Elle t’a saisie, ferrée, après t’avoir reniflée, observée, suivie, tapie dans les recoins de tes fêlures. Ça a commencé comment déjà ? C’est loin et flou… Une première ride ? Le temps qui marque ton visage en passant ? Une insatisfaction que tu pensais passagère, mais qui croît et occupe de plus en plus d’espace ? Ta vie qui subitement ne te suffit plus ? Bref, il n’en fallait pas plus pour que tu fasses un peu la tête. Voilà. Ça commence comme ça en fait.

Tu fais un peu la tête, tu prends un peu de distance. Pas méchant. Tu testes l’autre. Tu vois s’il est là, présent, à l’écoute. Au début, bien qu’il s’inquiéte déjà, ton mari ne fait qu’observer. Il n’en dit pas trop. Il se montre patient. Il demande bêtement si ça va. Tu lui souris encore à ce moment. « Ce n’est rien », « ça va passer », « un petit coup de fatigue ». Tu trouves des alibis. Et puis un jour, la première ligne jaune est franchie.

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