Lucky  -   Sylvie Weil Info

 

Je ne suis pas quelqu’un qui aime les chiens. Quand ils sont gentils et propres, avec un poil luisant, je les caresse volontiers, mais je n’ai jamais éprouvé le besoin d’en avoir un. Lorsqu’un chien court vers moi, même sans aboyer, je meurs de peur, je n’ai pas honte de le dire. Le moindre roquet, s’il aboie assez fort, me terrifie.

Dans le cours normal de mes journées, je n’ai aucune raison de penser à la race canine en général, ni à aucun chien en particulier. Et puis il y a eu Lucky. Comment Lucky est-il entré dans ma vie ?

J’ai des amis qui s’appellent Ted et Elisabeth. Quand je les ai rencontrés, ils étaient mariés depuis quelques années seulement, mais ils n’étaient plus très jeunes ni l’un ni l’autre. Ils avaient un chien énorme, qui bondissait joyeusement quand on prononçait devant lui le nom d’un certain biscuit pour chien, un biscuit assez fade en forme de petit os. Winston happait le biscuit, le croquait puis remuait la queue avec enthousiasme, comme il sied à un chien bien élevé. Il va sans dire qu’il ne se lassait jamais de courir pour rapporter à ses maîtres la balle ou les morceaux de bois qu’ils lançaient aussi loin qu’ils pouvaient, sachant que ce jeu lui plaisait. Un chien sans histoires et sans complications.

C’était le chien d’Elisabeth, avant son mariage. Elle aimait dire que c’était avec lui qu’elle avait appris à vivre avec une autre créature. Winston lui avait enseigné le partage, la confiance. Sans cela elle ne se serait jamais mariée. Elle riait. En somme, ce grand chien était son premier mari.

Quand Winston est mort de sa belle mort, Elisabeth est restée longtemps inconsolable. Ted était affligé, lui aussi, non pas tant de la mort de son rival, mais du chagrin de sa femme. Tous deux confiaient à leurs amis que leur couple fonctionnait beaucoup mieux quand il y avait un chien entre eux.
Un an a passé. Un jour, Elisabeth et Ted ont annoncé qu’ils allaient prendre un autre chien. Une famille où il y avait trop d’enfants et aussi trop de chiens, leur avait offert Lucky.

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Je ne suis pas quelqu’un qui aime les chiens. Quand ils sont gentils et propres, avec un poil luisant, je les caresse volontiers, mais je n’ai jamais éprouvé le besoin d’en avoir un. Lorsqu’un chien court vers moi, même sans aboyer, je meurs de peur, je n’ai pas honte de le dire. Le moindre roquet, s’il aboie assez fort, me terrifie.

Dans le cours normal de mes journées, je n’ai aucune raison de penser à la race canine en général, ni à aucun chien en particulier. Et puis il y a eu Lucky. Comment Lucky est-il entré dans ma vie ?

J’ai des amis qui s’appellent Ted et Elisabeth. Quand je les ai rencontrés, ils étaient mariés depuis quelques années seulement, mais ils n’étaient plus très jeunes ni l’un ni l’autre. Ils avaient un chien énorme, qui bondissait joyeusement quand on prononçait devant lui le nom d’un certain biscuit pour chien, un biscuit assez fade en forme de petit os. Winston happait le biscuit, le croquait puis remuait la queue avec enthousiasme, comme il sied à un chien bien élevé. Il va sans dire qu’il ne se lassait jamais de courir pour rapporter à ses maîtres la balle ou les morceaux de bois qu’ils lançaient aussi loin qu’ils pouvaient, sachant que ce jeu lui plaisait. Un chien sans histoires et sans complications.

C’était le chien d’Elisabeth, avant son mariage. Elle aimait dire que c’était avec lui qu’elle avait appris à vivre avec une autre créature. Winston lui avait enseigné le partage, la confiance. Sans cela elle ne se serait jamais mariée. Elle riait. En somme, ce grand chien était son premier mari.

Quand Winston est mort de sa belle mort, Elisabeth est restée longtemps inconsolable. Ted était affligé, lui aussi, non pas tant de la mort de son rival, mais du chagrin de sa femme. Tous deux confiaient à leurs amis que leur couple fonctionnait beaucoup mieux quand il y avait un chien entre eux.
Un an a passé. Un jour, Elisabeth et Ted ont annoncé qu’ils allaient prendre un autre chien. Une famille où il y avait trop d’enfants et aussi trop de chiens, leur avait offert Lucky.

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