Pôle Sud  -   Margarita Carteron Info

 

Pôle Sud, 14 décembre 1911

Votre Altesse,

Nous voilà enfin, mon équipage et moi, au centre du monde. Si vous recevez cette lettre, c’est que l’Antarctique ne m’aura pas laissé rentrer, c’est pourquoi je demande au commandant Scott, avec lequel j’ai marché sur le Pôle, de vous la transmettre. Étant arrivé premier, j’ai eu l’honneur de nommer l’extrémité de notre planète en votre nom « Plateau du roi Haakon VII ».

Depuis Oslo jusqu’ici, tout s’est passé comme dans un rêve, et je mets tout mon espoir dans le trajet retour afin que celui-ci dure. Mes coéquipiers dépassent les attentes de tout capitaine. Arrivés à Madère, je leur ai annoncé mes plans véritables, ceux dont seuls mon frère Leon et mon commandant en second Nilsen étaient au courant : virer vers le Sud au lieu du Pôle Nord comme prévu. Je leur ai laissé le choix de quitter le navire s’ils ne désiraient pas affronter l’inquiétude polaire, ou s’ils se sentaient trahis par mon indélicatesse. Tous sont restés, tous voulaient marcher sur l’Antarctique.

Puisque cette lettre sera également lue par le commandant Scott, et qu’il est possible qu’elle porte le sceau testamentaire, je voudrais en profiter pour expliquer ma conduite dans cette course.
J’ai consacré ma vie aux expéditions maritimes, aux explorations et aux découvertes. Depuis ma plus jeune enfance, je navigue, je pratique le ski dans des environnements adverses, j’ai toujours eu en moi l’ambition d’aller là où personne n’avait posé le pied auparavant, sur des terres vierges offrant la primauté à mon regard. L’hivernage que mes coéquipiers et moi avons été forcés de subir à bord du Belgica, il y a quatorze ans, au large de cette même terre atrabilaire, a renforcé mon envie de l’explorer, d’y laisser mon empreinte, par désir de voir sa profonde singularité, et par vanité peut-être. Pour la première fois dans l’histoire de l’exploration, des nationalités différentes avaient été mélangées au sein d’une même expédition à but scientifique, évitant de ce fait tout éventuel conflit de légitimité triomphale.

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Pôle Sud, 14 décembre 1911

Votre Altesse,

Nous voilà enfin, mon équipage et moi, au centre du monde. Si vous recevez cette lettre, c’est que l’Antarctique ne m’aura pas laissé rentrer, c’est pourquoi je demande au commandant Scott, avec lequel j’ai marché sur le Pôle, de vous la transmettre. Étant arrivé premier, j’ai eu l’honneur de nommer l’extrémité de notre planète en votre nom « Plateau du roi Haakon VII ».

Depuis Oslo jusqu’ici, tout s’est passé comme dans un rêve, et je mets tout mon espoir dans le trajet retour afin que celui-ci dure. Mes coéquipiers dépassent les attentes de tout capitaine. Arrivés à Madère, je leur ai annoncé mes plans véritables, ceux dont seuls mon frère Leon et mon commandant en second Nilsen étaient au courant : virer vers le Sud au lieu du Pôle Nord comme prévu. Je leur ai laissé le choix de quitter le navire s’ils ne désiraient pas affronter l’inquiétude polaire, ou s’ils se sentaient trahis par mon indélicatesse. Tous sont restés, tous voulaient marcher sur l’Antarctique.

Puisque cette lettre sera également lue par le commandant Scott, et qu’il est possible qu’elle porte le sceau testamentaire, je voudrais en profiter pour expliquer ma conduite dans cette course.
J’ai consacré ma vie aux expéditions maritimes, aux explorations et aux découvertes. Depuis ma plus jeune enfance, je navigue, je pratique le ski dans des environnements adverses, j’ai toujours eu en moi l’ambition d’aller là où personne n’avait posé le pied auparavant, sur des terres vierges offrant la primauté à mon regard. L’hivernage que mes coéquipiers et moi avons été forcés de subir à bord du Belgica, il y a quatorze ans, au large de cette même terre atrabilaire, a renforcé mon envie de l’explorer, d’y laisser mon empreinte, par désir de voir sa profonde singularité, et par vanité peut-être. Pour la première fois dans l’histoire de l’exploration, des nationalités différentes avaient été mélangées au sein d’une même expédition à but scientifique, évitant de ce fait tout éventuel conflit de légitimité triomphale.

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