Musique du métro  -   Didier Cambon Info

 

Métro Belleville. Dix heures du matin. Musique cristalline eau de source. Le musicien Noir – soixante-dix ans peut-être - visage ridé de grand-père jovial aux yeux roulants. Assis jambes croisées, un luth africain sur les genoux, calebasse hémisphérique à manche court et longues mécaniques à angle droit. Il joue avec une plume dans la main droite qui lui sert de médiator, fait des arpèges, tisse une mélodie diachronique qui transperce la peau et atteint le plexus. Musique élégante comme un cou de cygne. Il sourit, joue pour son plaisir, une assiette à ses pieds, confiant.
Sur le quai, un homme d’une cinquantaine d’années, moustache, veste, sac à dos, tient par la main son petit garçon, cinq ou six ans, bien coiffé, son pantalon de velours bien repassé par sa maman. Le bras droit collé contre son oreille pour loger sa menotte dans celle de son père. Ils avancent vers le vieux Noir, puis s’arrêtent, fascinés par la musique.

Le musicien aux yeux sombres sourit à l’enfant timide qui se serre contre la jambe de son papa. Immobiles, ils écoutent. Cette mélodie sans âge résonne en eux. Le vieil homme sourit à l’enfant et dodeline de la tête pour marquer le rythme des arpèges qu’il invente pour lui. Il est heureux qu’un enfant l’écoute. Le papa ouvre sa main pour laisser son garçon captivé s’étirer d’aise et s’approcher de l’instrument. Des passants s’arrêtent, interloqués, se laissent séduire par la scène.

Le vieil homme cesse de gratter ses cordes et tend la plume à l’enfant. Celui-ci recule d’un pas dans les jambes de son père qui l’encourage et le guide. L’enfant saisit la plume et, sans oser appuyer, frôle les cordes du luth : un accord jaillit. Papa ! Le vieil homme sourit et donne un conseil. L’artiste déplace les doigts de sa main gauche, deuxième accord, troisième accord, l’enfant gratte, le vieil homme fait les notes. La musique jaillit, les enveloppe.

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Métro Belleville. Dix heures du matin. Musique cristalline eau de source. Le musicien Noir – soixante-dix ans peut-être - visage ridé de grand-père jovial aux yeux roulants. Assis jambes croisées, un luth africain sur les genoux, calebasse hémisphérique à manche court et longues mécaniques à angle droit. Il joue avec une plume dans la main droite qui lui sert de médiator, fait des arpèges, tisse une mélodie diachronique qui transperce la peau et atteint le plexus. Musique élégante comme un cou de cygne. Il sourit, joue pour son plaisir, une assiette à ses pieds, confiant.
Sur le quai, un homme d’une cinquantaine d’années, moustache, veste, sac à dos, tient par la main son petit garçon, cinq ou six ans, bien coiffé, son pantalon de velours bien repassé par sa maman. Le bras droit collé contre son oreille pour loger sa menotte dans celle de son père. Ils avancent vers le vieux Noir, puis s’arrêtent, fascinés par la musique.

Le musicien aux yeux sombres sourit à l’enfant timide qui se serre contre la jambe de son papa. Immobiles, ils écoutent. Cette mélodie sans âge résonne en eux. Le vieil homme sourit à l’enfant et dodeline de la tête pour marquer le rythme des arpèges qu’il invente pour lui. Il est heureux qu’un enfant l’écoute. Le papa ouvre sa main pour laisser son garçon captivé s’étirer d’aise et s’approcher de l’instrument. Des passants s’arrêtent, interloqués, se laissent séduire par la scène.

Le vieil homme cesse de gratter ses cordes et tend la plume à l’enfant. Celui-ci recule d’un pas dans les jambes de son père qui l’encourage et le guide. L’enfant saisit la plume et, sans oser appuyer, frôle les cordes du luth : un accord jaillit. Papa ! Le vieil homme sourit et donne un conseil. L’artiste déplace les doigts de sa main gauche, deuxième accord, troisième accord, l’enfant gratte, le vieil homme fait les notes. La musique jaillit, les enveloppe.

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