Elisée Reclus, préface  -   Jean-Didier Vincent Info

 

Reclus est le premier à avoir utilisé le mot anarchie dans un sens positif. Proudhon ne s’en était servi qu’accessoirement et de façon contradictoire. Un texte de jeunesse écrit par le jeune homme en 1851 à Montauban ne fut publié que tardivement sous le titre Développement de la liberté dans le monde. Il exprime déjà en peu de phrases l’essentiel du message anarchiste : « notre destinée, c’est d’arriver à cet état de perfection idéale où les nations n’auront plus besoin d’être sous la tutelle d’un gouvernement, c’est l’anarchie, la plus haute expression de l’ordre ». Ce sont les lois édictées par des hommes s’érigeant en maîtres qui provoquent le désordre, l’insurrection et la guerre avec leur cortège de misère et de désespoir. Tout à l’opposé de la vision négative de l’anarchie, c’est une morale sans obligation, ni sanction qui permettra à la liberté, ce bien suprême de l’individu de se répandre dans l’humanité grâce à la solidarité universelle. Une utopie ? Et si la bonté et l’amour se révélaient plus contagieux que le mal et la haine ?

Le premier grand affluent du fleuve se nomme Mikhaïl Alexansdrovitch Bakounine. Il prend sa source dans la grande famille Mouraviev — un de ses oncles fut pendu, trois autres condamnés aux travaux forcés. Le sang de la révolte coulait dans ses veines. Celle-ci fut le moteur de sa vie. Dans la confluence des eaux, Bakounine apportait l’action destructive du fleuve à laquelle devait succéder la réalisation de l’idéal positif qui constituait son inspiration première, son âme. « Détruire disait-il, c’est construire ». En cela, il ne s’éloignait pas de Reclus. La même ferveur coulait chez le frêle Elisée et chez le géant jusqu’à sa mort en 1876. Ensemble, ils s’étaient opposés aux thèses de Marx et à la croyance de celui-ci en un implacable déterminisme. Elisée ne pouvait s’en remettre concernant le destin de l’Homme à des mécanismes économiques et sociaux dont la connaissance et l’analyse seraient confiées à une élite de l’intelligence bien vite empoisonnée par le goût du pouvoir.

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Reclus est le premier à avoir utilisé le mot anarchie dans un sens positif. Proudhon ne s’en était servi qu’accessoirement et de façon contradictoire. Un texte de jeunesse écrit par le jeune homme en 1851 à Montauban ne fut publié que tardivement sous le titre Développement de la liberté dans le monde. Il exprime déjà en peu de phrases l’essentiel du message anarchiste : « notre destinée, c’est d’arriver à cet état de perfection idéale où les nations n’auront plus besoin d’être sous la tutelle d’un gouvernement, c’est l’anarchie, la plus haute expression de l’ordre ». Ce sont les lois édictées par des hommes s’érigeant en maîtres qui provoquent le désordre, l’insurrection et la guerre avec leur cortège de misère et de désespoir. Tout à l’opposé de la vision négative de l’anarchie, c’est une morale sans obligation, ni sanction qui permettra à la liberté, ce bien suprême de l’individu de se répandre dans l’humanité grâce à la solidarité universelle. Une utopie ? Et si la bonté et l’amour se révélaient plus contagieux que le mal et la haine ?

Le premier grand affluent du fleuve se nomme Mikhaïl Alexansdrovitch Bakounine. Il prend sa source dans la grande famille Mouraviev — un de ses oncles fut pendu, trois autres condamnés aux travaux forcés. Le sang de la révolte coulait dans ses veines. Celle-ci fut le moteur de sa vie. Dans la confluence des eaux, Bakounine apportait l’action destructive du fleuve à laquelle devait succéder la réalisation de l’idéal positif qui constituait son inspiration première, son âme. « Détruire disait-il, c’est construire ». En cela, il ne s’éloignait pas de Reclus. La même ferveur coulait chez le frêle Elisée et chez le géant jusqu’à sa mort en 1876. Ensemble, ils s’étaient opposés aux thèses de Marx et à la croyance de celui-ci en un implacable déterminisme. Elisée ne pouvait s’en remettre concernant le destin de l’Homme à des mécanismes économiques et sociaux dont la connaissance et l’analyse seraient confiées à une élite de l’intelligence bien vite empoisonnée par le goût du pouvoir.

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