Lettre à Célia  -   Pierre Ernoult Info

 

Chère Célia,

Je suis rentrée de l’hôpital hier. Aujourd’hui, c’est au tour des enfants de rentrer de vacances. Ils jouent dans la cour de récréation de l’école contiguë à l’immeuble. Je n’ai pas encore le courage de les regarder à travers la fenêtre. Les entendre me suffit pour savoir qu’ils sont là, que la vie continue. Leurs cris et leurs pleurs me donnent envie de revoir du monde. Je n’en ai pourtant pas encore la force. Mes seuls visiteurs sont pour l’instant les moineaux. Ils chantent parce qu’il fait beau. Ça me plaît. Je suis bien ici, seule. Je me repose.

À l’hôpital, on m’a laissé partir dès que l’on m’a vu reprendre le dessus. Je dois aller voir le psychiatre demain, et ce, une fois par semaine. Cela durera sans doute quelques mois. Ma situation ne peut que s’améliorer, tu sauras pourquoi à la fin de cette lettre.

Je sais que beaucoup ont été atterrés par ce que j’ai fait il y a cinq mois. La presse s’en est mêlée, mes parents ont été déshonorés. Je crois que ma mère pleure encore. Elle ne m’en veut pas, mais elle ne me comprend pas. Je lui fais peur, elle a honte. J’irai la voir dans quelques jours.

Toi qui es mon amie, tu peux me comprendre ou tu dois le faire. Ne me rejette pas, car j’ai besoin de toi. J’ai besoin de retrouver le monde tel qu’il est, avec des gens normaux qui ont leurs soucis quotidiens. Tu pourras m’aider à faire face, à retrouver une place dans la société.

Tu le vois dans ce courrier, j’ai besoin de parler. J’ai aussi besoin d’être sûre que l’on m’écoute, que l’on me juge et que l’on me condamne si on le croit bon. Je ne suis pas folle, j’ai juste beaucoup aimé.

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Chère Célia,

Je suis rentrée de l’hôpital hier. Aujourd’hui, c’est au tour des enfants de rentrer de vacances. Ils jouent dans la cour de récréation de l’école contiguë à l’immeuble. Je n’ai pas encore le courage de les regarder à travers la fenêtre. Les entendre me suffit pour savoir qu’ils sont là, que la vie continue. Leurs cris et leurs pleurs me donnent envie de revoir du monde. Je n’en ai pourtant pas encore la force. Mes seuls visiteurs sont pour l’instant les moineaux. Ils chantent parce qu’il fait beau. Ça me plaît. Je suis bien ici, seule. Je me repose.

À l’hôpital, on m’a laissé partir dès que l’on m’a vu reprendre le dessus. Je dois aller voir le psychiatre demain, et ce, une fois par semaine. Cela durera sans doute quelques mois. Ma situation ne peut que s’améliorer, tu sauras pourquoi à la fin de cette lettre.

Je sais que beaucoup ont été atterrés par ce que j’ai fait il y a cinq mois. La presse s’en est mêlée, mes parents ont été déshonorés. Je crois que ma mère pleure encore. Elle ne m’en veut pas, mais elle ne me comprend pas. Je lui fais peur, elle a honte. J’irai la voir dans quelques jours.

Toi qui es mon amie, tu peux me comprendre ou tu dois le faire. Ne me rejette pas, car j’ai besoin de toi. J’ai besoin de retrouver le monde tel qu’il est, avec des gens normaux qui ont leurs soucis quotidiens. Tu pourras m’aider à faire face, à retrouver une place dans la société.

Tu le vois dans ce courrier, j’ai besoin de parler. J’ai aussi besoin d’être sûre que l’on m’écoute, que l’on me juge et que l’on me condamne si on le croit bon. Je ne suis pas folle, j’ai juste beaucoup aimé.

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